Rechercher
  • Toulouse is AI

CONF #12 : changement d’ère pour Renault Group, à fond sur la route de l’IA

Fabien Mangeant, expert leader artificial intelligence pour Renault Group, précise le rôle de l’intelligence artificielle dans la nouvelle feuille de route du constructeur automobile qui prépare un changement de business model. Depuis l’annonce en janvier du plan stratégique par le nouveau CEO de Renault Group, Luca De Meo, l’IA et les datas prennent une importance majeure dans la vision d’un groupe qui veut devenir plus technologique.


Fabien Mangeant était l’invité du webinaire organisé par Toulouse is AI et Aerospace Valley le 8 juillet 2021.



Comment Renault Group pivote vers un business model plus technologique ?

Renault Group va peu à peu changer de modèle économique et passer d'une entreprise automobile utilisant la technologie à une entreprise technologique utilisant des voitures ! Le plan stratégique annoncé en début d’année s’appelle "Renaulution".

La construction automobile reste le cœur de métier de Renault mais nous nous adaptons aussi au nouveau contexte écologique et de mobilité marqué par de nouveaux besoins comme le partage de véhicules et de voyages. Renault Group fonde désormais son activité autour de 4 marques : Renault, Alpine pour les véhicules hauts de gammes, Dacia Lada pour le global access et une nouvelle marque qui a émergé qui s’appelle Mobiliz et qui est orienté sur les services au sens large autour du digital, de l’énergie et de la mobilité.


Quelle est la place du véhicule dans cette réflexion sur la mobilité ?

Nous abordons la mobilité à partir de ‘l’objet automobile’ - il faut garder la voiture là où elle fait sens - mais en le positionnant dans un écosystème plus large comprenant les infrastructures, les interactions avec les villes et les territoires, les contraintes écologiques et économiques et les usages des utilisateurs des véhicules. C’est un double décentrage. On passe de l’économie de produit à de l’économie de service et on passe d’une mobilité physique (un véhicule allant d’un point A à un point B) à une mobilité connectée basée sur le digital pour optimiser et fluidifier l’ensemble des parcours.


Quels sont les défis technologiques du groupe liés aux nouveaux besoins de mobilité ?

Nous avons quatre axes majeurs d’innovation : la mobilité électrique, la mobilité connectée, la mobilité autonome et le développement de nouveaux services de mobilité. Dans ce contexte et pour ce qui concerne l’architecture technique, on va constituer de plus en plus de couches logicielles avec différents niveaux d’abstraction depuis les capteurs jusqu’à des interfaces vers à la fois le conducteur et les systèmes externes de mobilité et énergétiques (bornes de recharge et autres).


Si la transformation de Renault Group passe par les technologies et les logiciels, comment s’organise-t-elle concrètement ?

Nous nouons des partenariats stratégiques avec des major tech player sur les sujets de l’énergie connectée, de la data, de l’IA et du digital. Nous lançons également la démarche d’écosystème baptisée « Software République » et qui est lancée avec Orange, Atos, Dassault Systèmes, STMicroElectronics et Thales.

C’est une approche très horizontale et partenariale portée par Luca De Meo qui intègre à la fois des grands groupes, des startups ou d’autres acteurs et qui va nous permettre d’aller plus vite, de constituer des offres plus pertinentes et de pouvoir passer à l’échelle. C’est ainsi que nous allons proposer aux villes de les accompagner dans la résolution de leurs problématiques de mobilité et à toutes les phases des projets -planification, orchestration ou interaction avec tous les acteurs- qui nécessitent des données de télécommunications, transports publics, voiture connectée, infrastructures connectées. L’objectif est de produire une vision holistique de la problématique et d’avoir des offres plus concrètes comme par exemple la gestion des parkings, du trafic, de l’accès aux bornes de recharge, des scénari de politique de transport et de transport partagé.


Quel est votre rôle au sein du groupe ?

Je consolide et synthétise l’ensemble des initiatives data et IA du groupe. Il y a à la fois un besoin de transversaliser et d’organiser la collecte, la mise à disposition et le partage des données. Comme Renault n’est pas digital native, il faut en même temps bâtir des ambitions et prioriser les initiatives. D’un point plus technologique, j’accompagne l’utilisation de l’intelligence artificielle à tous les niveaux de l’entreprise : l’ingénierie, la supply chain, les ventes et la conduite au cœur des véhicules. Je travaille avec Luc Julia, nouveau directeur scientifique, qui avec sa triple culture recherche, startup et grand groupe, façonne véritablement cette discipline de la data et de l’IA et du digital. De plus, il a une façon d’aborder les problématiques de façon très concrète et pragmatique ce qui compte beaucoup pour Software République.


À quoi sert l’IA aujourd’hui chez Renault ?

L’intelligence artificielle concerne trois axes : l’expérience de mobilité, l’environnement et la digitalisation. Nous développons par exemple la maintenance connectée mais aussi tout un axe RSE avec l’objectif d’optimiser l’empreinte environnementale dans la supply chain. Le plan climat Renault est ambitieux et repose en grande partie sur la data et de L’IA. Dans la chaîne logistique nous travaillons à optimiser les parcours et le remplissages des 3500 camions qui circulent dans le monde entier à travers les différentes usines et 6000 fournisseurs. Pour ce qui concerne la digitalisation des opérations, l’IA a aussi un rôle important avec par exemple dans les usines un dispositif de contrôle qualité bord de chaîne grâce à des caméras intelligentes qui nous permettent de passer d’une fiabilité de 85% à 99%.

Par contre, il y a encore un fort besoin d’être rassurés quant aux performances de l’IA puisque on a besoin notamment de savoir à quel moment le système sait qu’il ne sait pas. Nous sommes faces à des enjeux techniques et scientifiques sur l’IA de confiance et l’explicabilité que nous adressons avec Aniti et le projet de recherche DEEL (Dependable and Explainable Learning) dont l’objectif est de parvenir à certifier les algorithmes utilisés par les outils d’IA. Et nous participons au projet national Confiance.ia.


Retrouvez ici l'intégralité du webinaire ici.


Le webinaire du 8 juillet 2021 a aussi été l’occasion d’en savoir plus sur l’actualité de l’IA à Toulouse.


Eunate Mayor, responsable des partenariats et innovation d’At Home.

« Toulouse is AI poursuit sa série d’événements communs avec Aerospace Valley. Nous prévoyons un rendez-vous qui aura lieu à la rentrée et cette fois en 100% présentiel à La Cité. Ce sera l’opportunité pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore ce lieu dédié à l’innovation en Occitanie de s’y rendre. Lors de ce prochain rendez-vous nous recevrons un représentant de la stratégie nationale de l’intelligence artificielle. Par ailleurs, la méconnaissance de l’IA étant un obstacle à son développement, nous préparons un événement d’acculturation destiné aux cadres et aux dirigeants d’entreprises. Cette master class, en collaboration avec Aerospace Valley et Microsoft, s’appuiera sur des exemples très concrets et des cas d’usage. Elle permettra de partager les clés d’adoption de l’IA, les étapes nécessaires à l’intégration d’une stratégie IA dans la culture de l’entreprise, les enjeux éthiques ainsi que les compétences nécessaires. »


François-Marie Lesaffre, chargé de mission data et IA pour Aerospace Valley, responsable de l’écosystème d’excellence « Économie de la donnée et l’intelligence artificielle » :

« Le projet national Confiance.ai a été officiellement présenté début juillet à Paris. Il s’agit du plus gros programme de recherche technologique du plan #AIforHumanity et il va avoir des incidences non négligeables sur notre territoire. Il se situe dans la continuité des travaux menés par Aniti et comporte une forte contribution de l’IRT Saint Exupéry. Je voudrais notamment citer l’appel à manifestation d’intérêt destiné aux startups qui souhaiteraient rejoindre ce projet et qui sont positionnées dans les domaines de l’ingénierie système, l’ingénierie des données et l’interface homme-machine. Le projet Confiance.ai a l’objectif de créer une plateforme qui permettra de tester sur des cas réels et industriels des briques de confiance qui vont être produites par une communauté élargie d’acteurs académiques et industriels français majeurs des domaines de la défense, des transports, de l’industrie manufacturière et de l’énergie. Ces différents acteurs mutualisent leurs savoir-faire scientifiques et technologiques. Comme l’a expliqué d’ailleurs David Sadek, le vice-président Recherche, Technologie et Innovation de Thales, "Confiance.ai est aujourd’hui le seul programme d’intelligence artificielle industriel. » Par ailleurs, l’événement IA Future Intelligence, qui a eu lieu à Toulouse début juin, a été un succès et nous préparerons une prochaine édition. »

Nicolas Viallet, directeur opérationnel d’ANITI :

« C’est le moment d’un premier bilan d’Aniti puisque nous arrivons à la fin de la période de construction du projet et que les services de l’État feront une première évaluation de nos actions à la fin de l’année. Concernant le volet recherche, l’ensemble de notre équipe est en place, avec 150 chercheur•es et une trentaine d’ingénieur•es. À notre actif plus de 300 publications scientifiques et des activités de recherches menées par thématiques ce qui favorise l’interdisciplinarité et les collaborations internationales avec des universités. Nous avons particulièrement avancé sur les questions d’explicabilité de l’intelligence artificielle.

Nous avons aussi des résultats intéressants sur de nouvelles architectures de réseaux de neurones destinées à rendre les systèmes de reconnaissance visuelle plus robustes et moins gourmands en données d’apprentissage. Nous disposons également de résultats intéressants sur les fondements mathématiques qui gouvernent les algorithmes d’apprentissage et qui sont encore largement méconnus. Concernant notre volet formation, le bilan est bien meilleur que ce que l’on espérait. Nous atteignons en effet à mi-parcours nos objectifs de fin de parcours ! À l’Université de Toulouse, il y a désormais neuf parcours nouveaux, niveau bac+ 5 ouverts cette année. Je remercie les universités et écoles d’ingénieur•es qui se sont mobilisées. Elles permettent le doublement du nombre d’étudiant•es se lançant dans les formations que l’on appelle « cœur et intégration IA » et qui seront demain sur le marché du travail et au service du développement économique des entreprises.

La formation en intelligence artificielle s’accélère aussi en formation continue. Un catalogue est d’ailleurs accessible et si, en tant qu’entreprise vous détectez des besoins de formation qui ne sont pas adressées, vous avez la possibilité de remplir un cahier des charges. Au total donc un bilan positif et encore de nombreuses actions à mener, notamment à destination du grand public et dans le sens de davantage de mixité de genre dans les métiers de l’IA. Notre objectif est de féminiser et de rééquilibrer les équipes de recherche et les équipes dédiées IA dans les entreprises. Pour se faire Aniti créé Mentor’IA, un réseau de mentorat composé de femmes et d’hommes de l’IA qui est destiné à soutenir les étudiantes dans leur réflexion d’orientation professionnelle en IA. Les étudiantes peuvent candidater à l’adresse : Aniti-contact-mixite@univ-toulouse.fr »



Emmanuelle Durand-Rodriguez

150 vues0 commentaire