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CONF #13 : Intelligence artificielle, quelle stratégie pour la recherche et les entreprises ?

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Le coordonnateur pour la stratégie nationale de l’IA Renaud Vedel était l’invité

de Toulouse is AI et Aerospace Valley le 6 octobre 2021 à La Cité à Toulouse.

Interviewé sur les enjeux pour la recherche et les entreprises, il a également

échangé avec Nicholas Asher, directeur scientifique d’Aniti et Thomas

Bessière, CEO d’Hinfact.





Les ambitions françaises et européennes en matière d’IA

« La France a l’objectif de figurer dans le top 5 mondial et d’être le leader de la recherche en Europe. La stratégie nationale pour l’intelligence artificielle 2018-2022 est dotée d'un budget de 1,5 milliard d’euros avec un effort particulier sur la recherche qui représente 45% du budget. Ce budget permet un soutien prioritaire aux pôles d’excellence dont le réseau de 4 Instituts Interdisciplinaires d’IA à Toulouse (Aniti), Grenoble, Nice et Paris ; la création de 190 chaires de recherche et d’enseignement ou encore 500 nouveaux doctorats par an en IA.

Des axes transversaux ont été identifié : recherche et formation, diffusion dans l’économie, transformation publique, IA éthique et de confiance. Par ailleurs, au niveau économique quatre secteurs dont prioritaires : la transition énergétique, les mobilités, la santé, la défense et la sécurité. Cette stratégique nationale est intégrée au plan européen révisé en avril 2021 et qui se traduit par le programme Horizon Europe pour la recherche (95,5 milliards d’euros sur la période 2021- 2027) et par le programme Digital Europe ( 7,5 milliards d’euros pour la période 2021- 2027). » Renaud Vedel.



Ce que représente l’IA aujourd’hui

« L’intelligence artificielle fait l’objet d’un très fort dynamisme technologique, économique et financier. Elle peut être vue comme une technologie d’usage général, matrice de révolutions industrielles, comme l’ont été précédemment la machine à vapeur, le moteur à explosion, l’électricité ou l’internet. Elle fait aussi l’objet d’une bataille mondiale sur laquelle la Chine a décidé d’affirmer sa politique de puissance puisqu’elle veut devenir le leader technologique mondial d’ici à 2030. » Renaud Vedel.






Le défi de la confiance et de la robustesse de l’IA

« Rendre l’intelligence robuste, certifiable pour pouvoir être utilisée sans risque et explicable est un défi majeur. Cela constitue le plus gros programme de recherche technologique actuel à travers notamment le Grand Défi Confiance.ai mené par Julien Chiaroni. Confiance.ai rassemble un collectif d’acteurs académiques et industriels français des domaines de la défense, des transports, de l’industrie manufacturière et de l’énergie et doit relever le défi de l’industrialisation de l’IA » Renaud Vedel.



« Aujourd’hui, les algorithmes sont très performants mais ils ne sont pas transparents et n’ont pas de garantie de performance. Depuis deux ans, l’institut Aniti travaille pour une IA hybride, transparente et de confiance pour des systèmes critiques dans les domaines de la mobilité intelligente, de l’industrie 4.0 et aussi de la santé et de l’environnement. Afin d’améliorer l’interprétabilité, l’explicabilité, la transparence et l’éthique, il nous faut travailler dans une synergie de disciplines : robotique, langage et vision ; TAL, mathématique, droit ; logique, raisonnement automatique, mathématique ; optimisation et détection d’anomalies. Cette confluence de disciplines nous aide à faire ces ponts entre logique, raisonnement automatique et mathématique. Nous comprenons beaucoup mieux qu’au lancement d’Aniti en 2019 les limites dans les domaines de la vision, MLP ; etc. » Nicolas Asher, directeur scientifique d’Aniti qui rassemble plus de 200 chercheurs et chercheuses, l’université, des écoles d’ingénieurs et d’ingénieuses et une cinquantaine de partenaires économiques et industriels.


Une prochaine législation européenne

« Le choix européen est d’encadrer ces technologies quand elles sont à haut risque, dans les domaines du transport, de la santé, de la vie privée et du risque de discrimination. La législation s’élabore actuellement à Bruxelles avec les états membres de l’UE. Les discussions sont en cours avec la nécessité d’aboutir à une réglementation protectrice (certaines applications vont être interdites, d’autres très encadrées) et favorable à l’innovation. Il faudrait pouvoir lorsqu’on est en phase d’itération et lorsqu’il n’y a pas de normes stabilisées, accepter un assouplissement des règles sur une durée limitée et avant tout passage à l’échelle. » Renaud Vedel.




La question complexe de l’accès aux données



Thomas Bessière, CEO d’Hinfact qui s’appuie sur les recherches en neurosciences de l’Isae-Supaero et s’adresse aux activités de pilotage et aux métiers de supervision des secteurs critiques a souligné la difficulté spécifique de l’IA dans le secteur de la défense : accès, récolte, sécurisation, utilisation des données. « Le stockage des données se fait dans des conditions qui sont complexes pour des startups » estime le dirigeant de la startup.


Renaud Vedel a évoqué le projet européen Gaïa-X qui vise à développer l’interopérabilité grâce à un nouveau standard et une infrastructure de données sécurisée et fiable pour l'Union européenne. L’objectif de Gaïa-X, basé sur le principe de la décentralisation, est de créer un écosystème numérique ouvert, transparent et sécurisé, où les données et les services peuvent être mis à disposition, rassemblés et partagés dans un environnement de confiance.

« Par ailleurs, estime Nicolas Vedel, si on ne veut pas d’intelligences artificielles qui discriminent, on a besoin de disposer de suffisamment de données sur les groupes minoritaires. La grande question est donc de déterminer comment relier le principe d’anonymisation des données et les principes d’équité et de non-discrimination. Il va nous falloir établir le juste arbitrage. »




La question centrale de la formation


« Pour répondre au très fort dynamisme du marché de la donnée (+ 6,5 % / an depuis 2016 selon l’étude prospective European Data Market ), il faut très significativement accélérer les formations en IA. Le système éducatif a du mal à suivre ce décollage très rapide et la pénurie de main d’œuvre formée aux métiers de la donnée pourrait doubler en France d’ici à 2025. Il faut donc inciter et aider les établissements d’enseignement supérieur et de recherche à développer les formations et à aligner l’offre de formation avec les besoins des entreprises : data scientistes, développeurs, ingénieurs de la donnée, Ingénieurs spécialisés logiciels ML/IA. Il faut veiller également à former des profils interdisciplinaires qui ont une double compétence : IA + une autre discipline. Ainsi que des profils spécialisés sur les enjeux métiers : santé, agriculture ou industrie par exemple. La montée en compétence générale nécessite aussi qu’à la tête des organisations et des entreprises il y ait des personnalités qui peuvent penser le numérique et l’IA. Cela concerne donc les managers, les équipes commerciales ou les équipes consulting. » Renaud Vedel



La Cité et l’intelligence artificielle

Marc Sztulman, conseiller régional d’Occitanie et représentant de la présidente Carole Delga, a de son côté estimé que « la question de la stratégie de l’IA pour la France, la recherche et les entreprises résonne particulièrement pour la Région Occitanie et pour La Cité. Il y a 100 ans, a été construit en ces lieux le premier système d’échange d’information rapide, l’Aéropostale, qui servait à acheminer textes, images puis vidéo à travers la Méditerranée puis à travers l’Atlantique. Ce lieu représente en quelque sorteles prémices ou l’avant-garde des autoroutes de l’information. Il est désormais le centre de ce que sera l’économie de demain ! »


Emmanuelle Durand-Rodriguez


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