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Portrait #1 : Terranis, la PME au coeur de la transition numérique de l'agriculture


Terranis, la PME innovante spécialisée dans la télédétection pour l’agriculture, la viticulture et l’environnement voit ses perspectives dopées par le big data, le cloud et l’intelligence artificielle. L’entreprise qui veut devenir un leader européen dans le domaine de l’agro-écologie prépare une levée de fonds destinée à financer ses projets tech et internationaux. Interview de David Hello, co-founder and CEO de Terranis.



L’urgence climatique a-t-elle changé la vision et la stratégie de l’entreprise ? À la création de l’entreprise en 2014, nous nous sommes orientés vers l’agriculture de précision classique (optimisation des intrants et optimisation des pratiques agricoles) avec deux services : Pixagri pour l’agriculture et Oenoview pour la viticulture. Aujourd’hui, très clairement nous mettons l’accent sur l’agro-écologie qui, pour les services à l’agriculture, devrait représenter +20% de notre chiffre d’affaires d’ici à 5 ans. En matière d’agriculture et de viticulture, l’impact du changement climatique est très important. Cette année par exemple, les vendanges vont commencer en août plutôt qu’en septembre. Nous travaillons en agro-viticulture notamment sur la gestion de la ressource en eau.


Quels sont les défis climatiques sur lesquels Terranis travaille ?

Aujourd’hui en France, les vignes sont très peu irriguées. Or compte tenu du changement climatique avéré, les vignes devront être irriguées sinon elles seront amenées à disparaître. C’est une question d’années. Nous nous positionnons très fortement sur ce marché. Nous avons l’expérience de l’irrigation des vignes au Chili où toutes les vignes sont irriguées et où nous y avons créé une filiale en avril 2020. Nous travaillons à détecter le stress hydrique des vignes avant même qu’il ne soit visible et de façon à être le plus économe en eau. En matière d’environnement nous fournissons également des outils d’aides à la décision pour la définition, la mise en œuvre et le suivi de politiques publiques d’environnement pour par exemple les îlots de chaleur ou la végétation en ville. Nous avons lancé un observatoire, GreenCity, qui fournit des indicateurs et des tableaux de bord permettant d’avoir une vision exhaustive, à jour et régulière afin de favoriser la bio-diversité et lutter contre les îlots de chaleur. Notre premier client a été la ville d’Albi.


Pourquoi vous orienter vers l’agro-écologie ?

Le marché de l’agriculture de précision classique est de plus en plus concurrentiel notamment dans des régions du monde où l’agriculture intensive est très développée : Amérique du Nord, Brésil, Europe. Face à nous, il y a des géants des semences ou de l’agroalimentaire qui ont déjà diversifié leurs activités sur ce domaine. Dans ce contexte, et aussi parce que cela correspond à notre vision, nous nous orientons de plus en plus vers les services à l’agro-écologie pour la préservation de l’environnement et des ressources.


Quel est le métier de Terranis ?

Notre métier est de développer des services basés sur l’observation de la Terre à partir d’images essentiellement satellitaires que nous traitons, interprétons et analysons pour les domaines de l’agriculture, la viticulture et l’environnement / gestion des territoires. Nous croisons les informations extraites de ces images avec d’autres données géolocalisées (météo, statistiques, données émanant des agriculteurs) afin d’en faire des outils et des services d’aides à la décision en temps réel. En matière d’agro-écologie, nous sommes par exemple dans une phase de développement de Coversat, un projet pour lequel nous venons d’obtenir un financement de la Région Occitanie. Il s’agit, à partir d’images satellites, de monitorer des cultures intermédiaires. Ces cultures réalisées entre deux plantations de blé par exemple permettent de capter les nitrates stockés dans le sol et de régénérer la biomasse. Terranis veut estimer la quantité de biomasse que ces cultures vont générer pour en déduire la quantité d’azote qu’elles vont injecter dans le sol. Cela permet d’estimer les vrais besoins en engrais.


Quels partenariats scientifiques développez-vous ?

Nous travaillons en partenariat avec l’ICV, l’Institut Coopératif du Vin à Montpellier. Œnoview qui est notre solution de viticulture de précision est même en co-propriété avec l’ICV. Nous avons une deuxième thèse en cours avec L’Ecole d’Ingénieurs de Purpan sur les anomalies de la vigne et sur la télédétection du stress hydrique de la vigne. Avec le Cesbio, nous travaillons sur Wago, une solution actuellement en test opérationnel en Alsace et en Espagne. Il s’agit d’un transfert de technologie du laboratoire toulousain affilié au CNES. À partir d’algorithmes, il s’agit de réaliser des calculs de bilan hydrique des cultures et de prodiguer des conseil d’irrigation. Une thèse Cifre est en cours avec le laboratoire TéSA de l’IRIT sur des sujets IA (machine learning) et de traitement de l’image. Il s’agit d'élaborer un système qui utilise des données satellites pour détecter automatiquement, grâce à des algorithmes d’intelligence artificielle, des parcelles agricoles qui ont un développement agronomique anormal. Un des enjeux majeurs est d'adapter des méthodes couramment utilisées en traitement des données aux contraintes spécifiques du monde agricole et de l'observation de la Terre. Une particularité des travaux menés vient du fait que plusieurs types d'images Sentinel sont utilisées (images radar et multispectrales). Il faut donc des traitements spécifiques et trouver des solutions pour fusionner efficacement les informations extraites pour la détection d'anomalies. Enfin nous co-finançons la chaire AgroTIC de Montpellier SupAgro qui accompagne la transition numérique de l’agriculture et nous sommes en lien avec le Mas Numérique, un site de démonstration de technologies numériques innovantes destinées à la viticulture.


Quel regard portez-vous sur les outils technologiques dont les entreprises disposent ?

Au cours des cinq dernières années, deux éléments ont révolutionné le domaine de la télédétection : la quantité de données - gratuites et payantes - à laquelle on peut avoir accès grâce à Sentinel-1 et Sentinel-2 de l’Esa. C’est un changement majeur par rapport à 2014. Par ailleurs, la capacité à traiter ces données a complètement changé. Nous avons accès à des infrastructures cloud avec des capacités importantes de stockage, de traitement et d’accès à l’IA. L’intelligence artificielle est désormais très accessible y compris pour des « petits » acteurs. Nous avons en interne un Head of AI and Digital Transformation, car l’IA est devenue transversale à tous nos services.


De quels satellites émanent les images que vous traitez ?

Pour l’agriculture, nous utilisons presque exclusivement les données du satellite Sentinel-2 (du programme européen Copernicus) qui fournit des images aux résolutions spatiales et spectrales adaptés à notre besoin. Ces données sont fournies en open source par l'Agence spatiale européenne. Pour la viticulture, nous utilisons les images de Sentinel-2 (qui passe plus d’une fois par semaine sur le même point du globe) et aussi d’images de Spot 6 et Spot 7 que nous achetons à Airbus Defence and Space avec qui nous avons un partenariat technique et commercial.


Comment stockez-vous et traitez-vous les données que Terranis utilise ?

Pour accéder aux données Copernicus nous utilisons les DIAS, les plateformes basées sur le cloud, financées par la Commission européenne et qui offrent un accès centralisé aux données et informations Copernicus, ainsi qu'aux outils de traitement. Pour le reste, nous sommes en train de migrer sur Google Cloud Platform qui est aujourd’hui pour nous l’offre la plus adaptée à notre besoin.

Nous voulons en effet proposer de plus en plus de services à la fois économiques et disponibles sur le cloud avec un niveau d’automatisation le plus élevé possible, tout en gardant une expertise métier et humaine primordiales. Nous travaillons d’ailleurs sur une levée de fonds de 2 millions d’euros qui doit nous permettre de déployer nos services facilement et à l’international. Nous prévoyons en 2021 de migrer tous nos services sur le cloud afin qu’il soient tous disponibles en ligne, de la commande à la livraison. Nous pourrons ainsi nous déployer sur nos trois marchés partout dans le monde et notamment en Afrique du Sud, en Espagne, en Italie et en Grèce.


L’essor de la tech a été majeur au cours des 5 dernières années. Qu’attendez-vous des 5 prochaines années ?

Grâce aux constellations de satellites, nous aurons probablement accès à plus de pixels avec de nouveaux capteurs qui nous permettrons de détecter des informations aujourd’hui indétectables par exemple pour calculer le degré d’eau dans les végétaux. De nouveaux satellites permettront de mieux cartographier les îlots de chaleur avec des capteurs thermiques à résolution très fine avec des revisites importantes. J’attends aussi beaucoup de la fusion des données d’observation de la Terre avec d’autres données comme la géolocalisation très précise de Galiléo ou des données mesurées sur le terrain grâce à l’internet des objets (IoT). Tout cela avec encore plus d’IA puisqu’il y aura à traiter encore plus de données massives. De ce point de vue c’est un atout pour Terranis que d’être à proximité d’ANITI, l’institut d’intelligence artificielle. Des talents vont être intéressés par Toulouse que ce soit des chercheurs ou des jeunes diplômés que nous embaucherons le moment venu.

Propos recueillis par Emmanuelle Durand-Rodriguez



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