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Portrait #7 : Ffly4u fait passer le cap de l’intelligence artificielle à l’IoT industriel


La start-up spécialisée dans l’information embarquée sur les objets mobiles et les biens des sites industriels développe une technologie qui devrait accélérer le développement de l’internet des objets pour l’industrie. Interview d’Olivier Pagès, CEO de Ffly4u.



Quel est le positionnement de Ffly4U ?

L’entreprise se positionne sur l’IoT industriel à forte valeur ajoutée. Il ne s’agit pas seulement de recueillir et de transporter des données mais de les comprendre avec la grille de lecture des besoins de nos clients et d’en extraire des informations utiles et qui créent de la valeur. L’IoT est vouée actuellement principalement à trois fonctions : la géolocalisation, le suivi de température et la détection de mouvement via des données brutes qui sont produites par des capteurs embarqués élémentaires. La compétition entre les acteurs se concentre plutôt sur la baisse des prix des boitiers plutôt que sur l’accroissement de valeur d’un service complet. De notre côté, nous développons une solution qui, grâce à de l’intelligence artificielle embarquée (Edge AI), rend encore plus « intelligents » les objets mobiles industriels. Notre objectif est de vendre de la donnée adaptée aux besoins spécifiques des verticales industrielles que nous adressons (tourets, bennes, remorques, emballages réutilisables, aéronautique) au-delà de la fonction de localisation. Cela nécessite une compréhension du métier en collaboration avec les utilisateurs, une identification des fonctions critiques et une mise en œuvre technique intégrant cette nouvelle technologie. Nous amenons ainsi une nouvelle valeur ajoutée à l’IoT et à nos clients et nous permettons à l’industrie européenne de se renforcer et de localiser en Europe son expertise.


Quels sont les cas d’usage de la technologie ?

Par exemple pour Nexans et Enedis, notre solution permet de connaître la longueur de câble restante sur un touret (*) en fin de chantier, ce qui optimise la collecte de tourets vides ou partiellement vides, voire de les réaffecter sur un autre chantier. Notre technologie permet en outre à Nexans, propriétaire des tourets, de fournir, à ses clients, un nouvel indicateur de suivi du progrès du chantier, donnée très importante pour la maîtrise des délais et le maître d’ouvrage. En 2 ans, cette fonction est devenu un « must have » du secteur. Pour Arlington au Royaume-Uni, nous détectons les cycles de vie des containers plastiques et pouvons dire si le container est vide ou plein, ce qui par exemple permet de contrôler combien de temps une marchandise fragile a été stockée sur site. Il y a d’autres exemples : pour le secteur aéronautique toulousain, le suivi du fret aérien mondial au travers de boitiers détectant le décollage et l’atterrissage de l’avion ou, dans les industries du recyclage de déchets, le groupe Suez par exemple avec la détection du niveau de remplissage des bennes ce qui permet d’automatiser et d’optimiser les flux logistiques.


Quelle est la technologie développée par Ffly4u ?

Il s’agit une technologie propriétaire, Edge AI Low Power, basée sur l’intelligence artificielle embarquée intégrant, dans le boîtier, des process de machine learning voire de deep learning. C’est une première en Europe. Grâce au capteur embarqué de mouvements nous recueillons des informations nombreuses (angle de l’objet, fréquences de vibration, amplitude du mouvement, type de chocs, etc.) qui sont ensuite directement traitées à l’intérieur du boîtier au travers de ces technologies edge... Le défi à relever concernait principalement le volume de données. Nous ne pouvions pas nous permettre d’envoyer les données dans le cloud puis de les traiter « sur le bureau ». La bande passante Sigfox est étroite donc on ne peut pas envoyer toute cette masse de données dans le cloud. Par ailleurs, il nous fallait tenir compte de la consommation d’énergie ainsi que du temps de réaction (en matière de suivi de fret aérien par exemple c’est le boîtier lui-même qui doit identifier le décollage de l’appareil). Aujourd’hui nous utilisons les données provenant du capteur de mouvements mais je pense que bientôt nous serons aussi capables de traiter des données sonores en embarquant un microphone... Nous avons déjà quelques use cases industriels en tête !


Comment financez-vous le développement de Ffly4u ?

Depuis la création de l’entreprise en 2016, nous avons réalisé trois levées de fonds (3,2 millions d’euros au total) grâce tout d’abord à IRDI Soridec Gestion puis plus récemment grâce à Galia Gestion. Actuellement, nous travaillons avec KPMG Paris dans la perspective d’une levée de fonds de 3 à 4 millions d’euros. Nous avons une trentaine de pitch prévus d’ici à la fin de l’année pour une levée de fonds prévue au printemps 2021.


Quel est l’objectif de la levée de fonds ?

Notre objectif est de consolider la technologie mais surtout de développer la commercialisation. Ffly4u dont le siège est à Toulouse et qui compte 15 salariés a des clients en France, Suisse, Allemagne et Royaume-Uni. Avec la connexion des tourets de câble, nous avons véritablement créé un segment de marché qui n’existait pas il y a deux ans et il est temps pour nous de passer à la vitesse supérieure. Nous avons un bureau commercial à Munich, nous avons embauché un directeur commercial Europe, nous allons embaucher des business developpers avec l’objectif de nous développer sur l’ensemble de l’Europe.


Comment l’entreprise fait-elle face à la crise Covid ?

La crise a un effet paralysant sur certains dirigeants qui peuvent considérer que l’innovation n’est pas prioritaire. Mais je constate qu’elle est aussi l’occasion pour nombre d’entreprises de s’interroger sur leurs métiers et sur la façon de se différencier. Il devient de plus en plus difficile de gagner en compétitivité par une réduction des coûts d’exploitation sans changer d’activité. Et les entreprises que nous abordons comprennent qu’elles peuvent enrichir leur modèle économique et ajouter de nouvelles sources de revenus en monétisant, au profit de leurs propres clients, des données créées au travers d’objets connectés qui fournissent automatiquement de nouvelles données-métier. Pour les convaincre, il faut leur fournir des données très précieuses pour eux et leurs clients. C’est le secret.


Quels réseaux IoT utilise Ffly4u ?

Nous utilisons principalement le réseau bas débit et basse consommation Sigfox qui a une très forte couverture en Europe mais également LoRa ou le NB-IoT / LTE-M qui s’appuie sur les réseaux 4 G existants, un standard mondial plus consommateur d’énergie et poussé par les opérateurs télécoms. Nous choisissons les réseaux en fonction des besoins ou des souhaits de nos clients.

* Le touret est grosse bobine de bois pouvant atteindre 3 mètres de diamètre autour de laquelle est enroulé le câble électrique ou la fibre téléphonique.



Propos recueillis par Emmanuelle Durand-Rodriguez

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